C’est en décembre 2007 que les ministres européens de l’Agriculture sont tombés d’accord sur les termes d’une réforme du secteur viticole. Pour Etienne Montaigne, enseignant-chercheur à l’UMR-MOISA et à l’Institut agronomique méditerranéen de Montpellier (IAMM), coordinateur d’une étude sur la réforme commanditée par le Parlement Européen* en 2006, il s’agit avant tout « d’un compromis fortement édulcoré, et non d’une véritable politique ». Décryptage.
Quels sont les points essentiels de la réforme de l’Organisation commune du marché du vin (OCM) et pouvez-vous les décrypter ?
« L’arrachage
:
un programme d'arrachage de 175.000 hectares, sur une base volontaire et pendant une période de trois ans, avec versement de primes dégressives aux vignerons d'une année sur l'autre. L'idée est de produire moins dans les zones dont les produits se vendent mal. Avec cette mesure, on confond performance et fragilité économique. Le risque est de voir disparaître des producteurs jeunes et dynamiques, qui ont investi dans les années 1990 et qui se retrouvent aujourd’hui en difficulté après la crise de surproduction de 1984 et l’effondrement des cours qui s’en est suivi.
Le droit à paiement unique après l’arrachage
: il est prévu une aide directe plafonnée à 350 €/ha. C’est une compensation inscrite dans une vision globale de la réforme de la PAC dans la logique de l’Agenda 2000, mais elle n’apporte pas une réponse à la filière car son montant est dérisoire et n’offre aucune alternative en terme de production ou de revenu.
Les plantations illégales
: on veut, via des sanctions financières, arracher entre 70 000 et 100 000 hectares en Italie et en Espagne. Sur ce point financier, le texte n’est pas très clair. D’autre part, il n’existe pas de réelle volonté politique. Et par ailleurs, je trouve surprenant de vouloir supprimer environ 5 % du vignoble européen à une époque où on va manquer de produits.
Les droits de plantation
: strictement réglementés aujourd'hui, ils pourront être libéralisés complètement à compter de 2015 ou 2018 au plus tard. L'idée est de pouvoir produire plus dans les zones les plus productives, celles pour lesquelles les produits ont une demande forte ou laisser l’opportunité aux grandes entreprises prêtes à prendre les risques du marché d’établir des vignobles et des caves de taille importante permettant des « économies d’échelle ». Cette mesure est régulièrement annoncée et régulièrement repoussée. Nous sommes donc une fois de plus dans l’incertitude. Mais le projet de la commission est d’être demain aussi libérale que le nouveau monde.
Les enveloppes financières nationales
: une enveloppe permettra aux États membres d'adapter les mesures à leur situation nationale particulière. Parmi ces mesures, figurent la promotion dans les pays tiers, la restructuration du vignoble, la modernisation de la chaîne de production, l'innovation, l'appui à la vendange en vert, et de nouvelles mesures de gestion de crise. Concrètement, on re-nationalise au détriment d’une politique agricole commune. D’autre part, l’aide à la promotion avale n’est destinée qu’aux marchés hors de l’Europe. On peut le regretter. L’enjeu est important puisqu’il n’est pas possible d’être aidé pour concurrencer sur des marchés porteurs comme la Grande-Bretagne des rivaux de taille comme les Australiens, par exemple. »
Quels sont les enjeux pour les AOC du Languedoc et plus largement Sud de France ?
« Nous sommes dans une période de transition et il faut d’ores et déjà se préparer à la période future. Une évaluation de la politique est prévue en 2012. Il serait alors opportun que les structures viticoles du Languedoc anticipent et se préparent pour être demain des forces de propositions stratégiques et écoutées. D’autre part, il me semble important de rester vigilant sur les enveloppes financières nationales et à quoi elles vont être affectées. Enfin, il sera important de rester attentif à l’arrachage. La question est : qui va arracher ? Si on n’y prête pas attention, le risque de déstructuration du vignoble est réel et pourrait provoquer une perte de sa performance qualitative et une baisse de ses volumes. La difficile question de la coexistence d’un système de droits de plantation pour les AOC et de sa disparition pour les autres vins devra être étudiée en détail. »
* Cette étude était destinée à contribuer au débat parlementaire, en réponse à la proposition de réforme de l’OCM émise par la Commission des Communautés européennes.

